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La santé de demain se construit aujourd’hui

5 oct.
7 min de lecture

Et si nous regardions surtout nos capacités à partir 40 ans ?


Concept de la marge à la ménopause, un verre d'eau quasi plein.


Quand on parle de santé après 40 ans, nous regardons souvent ce qui ne va pas : la fatigue, le sommeil qui devient plus fragile, la prise de poids, les douleurs, le brouillard mental, les bouffées de chaleur... C’est logique. Les symptômes sont ce que nous ressentons et les marqueurs biologiques de notre prise de sang sont ce que nous pouvons mesurer.


Saviez-vous qu'il existe une autre manière  beaucoup moins familière de regarder notre santé? Il s'agit d'observer ce que notre organisme est encore capable de faire. Quelle force pouvons-nous produire ?Comment récupérons-nous après un effort ou une période difficile ? Quelle capacité avons-nous à maintenir notre équilibre métabolique ? À préserver nos fonctions cognitives ? À nous déplacer librement, nous adapter, apprendre, reconstruire ?


Cette perspective change profondément notre manière d’envisager le vieillissement.

Parce que vivre longtemps et rester longtemps capable ne racontent pas exactement la même chose.



Vivre plus longtemps ne suffit plus

La recherche sur l'âge distingue de plus en plus deux notions : la lifespan, la durée de vie, et la healthspan, que l’on pourrait traduire par la durée de vie passée en bonne santé et avec suffisamment de capacités pour rester autonome et fonctionnel.


Cette idée rejoint la définition du vieillissement en bonne santé proposée par l’Organisation mondiale de la santé.

L’OMS le définit simplement par le développement et le maintien des capacités fonctionnelles permettant le bien-être au cours du vieillissement.


On peut avoir une maladie chronique correctement prise en charge et conserver une vie active, autonome et riche. À l’inverse, l’absence de diagnostic majeur ne garantit pas nécessairement une excellente capacité physique, cognitive ou métabolique.


Notre santé future dépend donc aussi de ce que nous sommes encore capables de mobiliser, maintenir et récupérer. C’est là que notre notion de MARGE devient particulièrement intéressante.



La MARGE n’est pas un chiffre

Il faut être précise sur ce point, il n’existe pas une analyse sanguine qui indiquerait le pourcetage de votre marge. La MARGE dont nous parlons tout le long de ce mois est une grille de lecture.


Une MARGE permet de réfléchir à l’ensemble des capacités dont dispose un organisme pour répondre aux perturbations, maintenir son fonctionnement, récupérer et continuer à s’adapter.

Deux personnes peuvent être exposées à une contrainte comparable et ne pas en ressentir les conséquences avec la même intensité ni pendant la même durée. Leur âge chronologique n’explique pas tout et leur trajectoire biologique compte également.



Nous ne vieillissons pas simplement parce que le temps passe

Pendant longtemps, lprendre de l'âge a surtout été représenté comme une sorte d’usure progressive.

Aujourd’hui, la biologie nous en donne une vision beaucoup plus complexe.


En 2023, une importante mise à jour des Hallmarks of Aging, les grandes caractéristiques biologiques associées au vieillissement en identifiait douze. Quelques-uns permettent de comprendre ce qui se joue derrière cette notion de capacité.


  1. Les mitochondries peuvent devenir moins efficaces

Les mitochondries participent notamment à la production d’énergie nécessaire au fonctionnement de nos cellules. Avec le vieillissement, leur fonctionnement peut se modifier.

Cela ne signifie pas que nos mitochondries « s’arrêtent » à 50 ans. Le phénomène est beaucoup plus progressif et complexe. Cependant la manière dont nos cellules produisent, utilisent et régulent leur énergie fait partie des mécanismes étudiés dans le vieillissement.


  1. Certaines cellules cessent de fonctionner normalement

Une cellule endommagée peut parfois entrer en sénescence : elle ne se divise plus, mais reste présente dans le tissu. La sénescence cellulaire possède d’ailleurs des fonctions utiles dans certaines situations, notamment au cours de la réparation et comme mécanisme de protection contre la prolifération de cellules endommagées.


Le problème apparaît surtout lorsque les cellules sénescentes s’accumulent et modifient leur environnement en libérant différents signaux biologiques.

Le vieillissement n’est donc pas simplement une histoire de cellules qui « meurent ». C’est aussi une histoire de communication entre elles.


  1. Le système de nettoyage cellulaire évolue

Nos cellules possèdent leurs propres mécanismes de recyclage.

L’un d’eux est l’autophagie. Elle permet notamment de dégrader et recycler certains composants cellulaires devenus inutiles ou endommagés.

L’altération de ces mécanismes fait aujourd’hui partie des grandes caractéristiques biologiques associées au vieillissement. Là encore, le message n’est pas qu’il faudrait chercher une méthode miracle pour « activer son autophagie ».

Le message est beaucoup plus intéressant : vieillir dépend aussi de notre capacité à entretenir, réparer et renouveler.


  1. L’inflammation peut changer de tonalité

L’inflammation est indispensable. Elle participe à notre défense contre les infections et à la réparation des tissus. Avec l’âge peut apparaître chez certaines personnes une augmentation persistante d’une inflammation de faible intensité, souvent désignée dans la littérature par le terme inflammaging ou encore Inflammation de bas grade, Inflammation silencieuse.


Ce phénomène interagit avec de nombreux autres systèmes : métabolisme, immunité, tissu adipeux, muscle, cerveau, microbiote… Encore une fois, aucun mécanisme ne travaille seul.


Pour aller plus loin sur ce point, je vous recommande mon dernier livre.



  1. Même notre écosystème intestinal participe à l’histoire

La dysbiose, c’est-à-dire certaines altérations de l'écosystème microbien intestinal, figure désormais parmi les caractéristiques proposées du vieillissement. Cela ne signifie pas qu’il existe un « microbiote jeune » qu’il suffirait de recréer avec quelques probiotiques. Cela signifie que le vieillissement est aussi étudié comme une transformation progressive des relations entre nos cellules, notre immunité, notre métabolisme et les micro-organismes avec lesquels nous vivons.


Et c’est peut-être l’un des enseignements les plus importants de la recherche actuelle, tous ces mécanismes sont profondément interconnectés.



Alors, où sont nos « capacités » ?

Elles ne sont pas cachées dans un organe mystérieux, elles émergent du fonctionnement de tous ces systèmes.

Prenons l'exemple du muscle, nous pouvons le regarder uniquement en termes esthétiques ou en kilogrammes de masse musculaire. Physiologiquement, le muscle participe au mouvement, à la force, à l’équilibre, au métabolisme du glucose et à notre capacité à réaliser les activités du quotidien.

Préserver sa fonction musculaire revient donc à préserver une partie de notre capacité future.

Prenons le système cardiovasculaire, une bonne capacité cardiorespiratoire ne sert pas uniquement à courir plus vite. Elle participe à notre aptitude à marcher, monter des escaliers, voyager, porter des charges, supporter un effort.


Prenons enfin le cerveau. Préserver nos capacités cognitives ne signifie pas uniquement éviter une pathologie neurodégénérative. Cela signifie continuer à apprendre, décider, nous orienter, nous concentrer, créer et nous adapter à des situations nouvelles.


Tout à coup, avancer dans l'âge en bonne santé devient beaucoup plus concret non? Il s’agit de conserver suffisamment de capacités pour continuer à faire ce qui compte pour nous.




Ménopause en bonne santé


Et la ménopause dans tout cela ?

C’est probablement ici qu’il faut éviter deux raccourcis, la ménopause ne déclenche pas soudainement le vieillissement comme on n'a pu le croire.

Tous les changements observés autour de la cinquantaine ne sont pas causés par la baisse des œstrogènes.

Mais la transition ménopausique se produit à une période où vieillissement chronologique, vieillissement ovarien, mode de vie et histoire de santé commencent à se croiser de manière particulièrement intéressante.


Les études et les revues récentes montrent notamment des évolutions de la composition corporelle, de la répartition du tissu adipeux, du profil lipidique, de la sensibilité à l’insuline et du risque cardiovasculaire autour de cette transition.


Distinguer parfaitement ce qui relève de l’âge, des modifications hormonales ou de leur interaction reste parfois difficile pour nous. Et c’est précisément pour cela que la quarantaine et la cinquantaine constituent une période si intéressante.

Nous pouvons cesser de considérer la périménopause uniquement comme une collection de symptômes à faire disparaître.

Elle peut aussi devenir un moment où nous commençons à regarder la trajectoire de santé que nous sommes en train de construire.



À 50 ans, notre santé de 70 ans n’est pas encore écrite..et c'est tant mieux

C’est probablement le message que j’aimerais que vous reteniez le plus. Parler de vieillissement biologique peut facilement donner l’impression qu’une immense machine de dégradation vient de se mettre en marche. Ce serait une mauvaise lecture.


Les trajectoires de capacité ne suivent pas toutes une ligne descendante identique, et elles ne sont pas définies uniquement par l’âge chronologique. Nous continuons à répondre à notre environnement.

Le muscle répond encore à l’entraînement. Le système cardiovasculaire répond encore à l’activité physique. Notre métabolisme répond à nos habitudes de vie. Notre cerveau conserve des capacités de plasticité. Notre alimentation, notre sommeil, notre activité physique, notre exposition au tabac et à l’alcool, notre environnement social et de nombreux autres déterminants continuent d’influencer notre santé.


Cela ne signifie pas que nous pouvons tout contrôler. La génétique existe, les maladies existent, les événements de vie existent, les inégalités sociales et environnementales existent aussi et tout ceci reste important.


Vieillir en bonne santé ne peut donc pas devenir une nouvelle injonction individuelle où chacun serait tenu responsable de son vieillissement.


Il s’agit plutôt de reconnaître qu’entre « tout est joué » et « je peux tout contrôler », il existe un espace considérable. Cet espace est celui sur lequel nous pouvons encore agir dès aujourd'hui que vous ayez 40 ou 50 ans.



Peut-être devrions-nous changer certaines de nos questions

À 40 ou 50 ans, nous regardons beaucoup notre poids, nos rides, nos hormones, nos symptômes, nos résultats d’analyses... Toutes ces informations peuvent avoir leur importance mais elles ne racontent qu’une partie de notre santé future.


Nous pouvons également commencer à observer notre force, notre mobilité, notre capacité cardiorespiratoire, notre santé métabolique, notre sommeil, nos fonctions cognitives, notre récupération et notre capacité à continuer à mener la vie que nous voulons.


Le véritable enjeu des décennies à venir ne sera probablement pas simplement d’ajouter des années à notre vie. Il sera de conserver suffisamment de MARGE pour continuer à vivre ces années avec le plus de capacités possible. Et à 40, 45 ou 50 ans, cette histoire ne fait que commencer.



Pour aller plus loin, ce podcast va pouvoir répondre à une question qu'on se posent toutes ! On a le même âge mais on ne vit pas la même chose...Pourquoi ?


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